Παρασκευή, 26 Νοεμβρίου 2010

Το περιοδικό Le Voyage en Grèce (1934-1946)

Le Voyage en Grèce (1934-1946)
Information publiée le vendredi 3 septembre 2004 par Marielle Macé (source : Sophie Basch)

La publication de la revue Le Voyage en Grèce apparaît comme une des aventures éditoriales les plus accomplies du xxe siècle। Les onze cahiers périodiques qui parurent entre 1934 et 1939 (auxquels s'ajoute un dernier fascicule, Messages de la Grèce, en 1946) furent édités par Hercule Joannidès, directeur de la Société Neptos qui assurait la représentation des bateaux de l'armateur Léonidas Embiricos, pour « créer un lien entre la Grèce et ses voyageurs par l'intermédiaire des écrivains, des artistes et des savants contemporains »। Le résultat de cette exceptionnelle ouverture, qui eut pour effet de marier le classicisme aux avant-gardes, dépassa de loin ce qu'on aurait pu attendre d'une entreprise à but initialement touristique.

Dès 1930, dans les Cahiers d'art, Tériade exprimait ses réserves à l'endroit du surréalisme : ce recul l'amènera à quitter, quelques années plus tard, le comité éditorial de la luxueuse revue d'art Minotaure, fondée en 1933 avec Albert Skira. Lorsqu'il devient en 1934 le conseiller artistique du Voyage en Grèce, revue créée et financée par Hercule Joannidès, Tériade est libre de toute allégeance. Avec son compatriote Joannidès, il fait dialoguer l'art, la littérature et l'archéologie dans un esprit de synthèse sans précédent, en faisant appel à des collaborateurs venus de tous les horizons : Le Corbusier, Giorgio De Chirico, Pierre Reverdy, André Derain, Gustave Fougères, Pablo Picasso, Georges Braque, Roger Caillois, Marguerite Yourcenar, Jean Charbonneaux, Jacques Prévert, Roger Vitrac, Henri Matisse, Hubert Pernot, Raymond Queneau, Fred Boissonnas, Michel Leiris, Pierre de La Coste-Messelière, Fernand Léger, François Mauriac, Jean Cassou, Waldemar Deonna... Six années durant, Joannidès, le Grec d'Asie mineure doublement exilé de sa patrie, bâtit une Grèce idéale à l'aune de sa nostalgie. Jamais autant de talents, d'une telle diversité, n'avaient été réunis, dans des pages soudées par l'esprit et par la perfection formelle. Pour la plupart Français, mais également Suisses, les auteurs du Voyage en Grèce édifièrent une arche incomparable en hommage à la civilisation hellénique, de l'Antiquité à l'époque contemporaine.
À côté de son intérêt esthétique, Le Voyage en Grèce présente une dimension historique et sociologique : prioritairement destinée aux passagers du Patris II, le bateau de croisière de la compagnie Neptos, elle fait la promotion de ses itinéraires archéologiques, organisés sous le patronage des Musées nationaux et de l'École du Louvre : les noms des collaborateurs de la revue figurent pour la plupart sur la liste des passagers et des conférenciers de ces croisières. On ne saurait oublier que cette entreprise exemplaire fait, inévitablement, oeuvre de propagande. Si le défilé des sites archéologiques restitue un panorama fiable de l'état des fouilles dans les années 1930, le portrait de la Grèce contemporaine, celle de la dictature de Métaxas, ne se dessine qu'en creux. La publicité alimente Le Voyage en Grèce, qui se fait ainsi l'écho d'une vitrine de luxe où se découpent les façades de l'Hôtel de Grande Bretagne, de diverses banques et fabriques de cigarettes - sans oublier l'annonce du 31e Congrès International Olympique, pour fêter le 40e anniversaire du rétablissement des Jeux Olympiques.
Ce colloque fédérateur, permettant un développement interdisciplinaire d'une ampleur immédiate, réunira autour du Voyage en Grèce historiens de l'archéologie, de la littérature, de l'art, des arts graphiques et décoratifs, de l'architecture, du cinéma même (Moholy-Nagy a tourné un film à bord du Patris II).
Presque toutes les contributions à la revue se prêtent à un débat thématique complet : les articles de Le Corbusier offrent un point de vue remarquable sur l'architecture contemporaine - l'assemblée des Congrès internationaux d'Architecture moderne tenue à Athènes en 1933 et la publication anonyme (en fait par Le Corbusier), préfacée par Jean Giraudoux, de La Charte d'Athènes à Paris en 1941, posaient un acte à la fois urbanistique et politique ; les articles archéologiques permettent d'observer la circulation de l'information scientifique entre les deux guerres ; les photographies, d'étudier la diffusion d'un art nouveau, aussitôt adopté par les archéologues (en 1912, Boissonnas et Mansel réalisent un admirable album sur le Parthénon, introduit par Maxime Collignon ; en 1932 et 1938 Antoine Bon et Fernand Chapouthier, anciens membres de l'École française d'Athènes, publient En Grèce et Retour en Grèce) ; les textes littéraires et les collaborations artistiques, d'analyser le rôle joué par la Grèce dans l'oeuvre de chacun des écrivains et artistes concernés. Sans compter l'histoire et l'esthétique du livre : la mise en page exemplaire du Voyage en Grèce invite au rapprochement avec des chefs-d'oeuvre de la typographie tels que La Grèce par monts et par vaux (photographies de Daniel Baud-Bovy et Fred Boissonnas, introduction et notes par Théophile Homolle et Georges Nicole) et Des Cyclades en Crète au gré du vent (mêmes auteurs), publiés respectivement en 1910 et 1919 aux Éditions d'Art Boissonnas à Genève. Il convient de souligner l'importance du rôle joué par les Suisses dans l'histoire de l'architecture (Le Corbusier) et de la photographie en Grèce (Boissonnas, Baud-Bovy, Deonna).
Ce séminaire permettra d'exploiter les archives inédites détenues par Mme Irène Soetart, la fille d'Hercule Johannidès, et d'aborder l'effervescente activité des revues francophones concernant la Grèce, dans l'entre-deux-guerres. La donation faite en 2002 des réalisation éditoriales de son mari par Mme Alice Tériade au musée Matisse du Cateau-Cambrésis permet désormais d'accéder à un ensemble de documents exceptionnels.
Si Le Voyage en Grèce se présente incontestablement comme le plus luxueux des périodiques de cette période, il convient de le situer à la fois par rapport à l'univers artistique de Minotaure et dans son contexte éditorial, et de se pencher (entre autres) sur L'Acropole. Revue du monde hellénique, fondée à Athènes par l'archéologue Charles Vellay, également directeur de la Revue des Études homériques ; sur L'Hellénisme contemporain, dirigé à Athènes par Henriette Avatanghelos ; sur En Grèce, l'édition touristique trimestrielle du Sous-secrétariat d'État grec pour la presse et le tourisme. Jamais comme en ces années pourtant très troublées par les pressions de l'actualité internationale, la Grèce ne fut l'objet d'une telle focalisation : elle a véritablement nourri le débat esthétique de l'Europe des années 1930. À l'heure où le pays s'apprête à fêter le retour des Jeux Olympiques sur son sol, ce colloque international se propose de rendre hommage, dans un lieu historique dont le Cinquantenaire coïncida avec les cérémonies d'ouverture des Jeux Olympiques de 1896, à une des pages les plus riches - bien que méconnue - de l'histoire des liens franco-grecs.
Ce projet est coordonné par Sophie Basch, professeur à l'université de Poitiers, membre de l'Institut universitaire de France, et par Alexandre Farnoux, professeur à l'université de Paris IV-Sorbonne.

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